A la ligne : feuillets d'usine / Joseph Ponthus

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Edité par Gallimard. Paris - 2019

Le narrateur, homme lettré, devient ouvrier intérimaire dans les usines de poissons et les abattoirs de Bretagne. Dans ce récit proche de l'épopée, il décrit le quotidien de la condition ouvrière, ses gestes, ses bruits, la fatigue et les rêves confisqués tout en se souvenant de sa vie d'avant, baignée de culture et d'imagination. Grand prix RTL-Lire 2019, prix Régine Deforges 2019. Premier roman. ©Electre 2020

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  • AU SUIVANT 5/5

    ” Au suivant, au suivant. Ce fut l'heure où l'on regrette d'avoir manqué l'école” chantait Jacques Brel au siècle dernier mais notre héros n'a pas manqué l'école puisqu'il a un métier en tant d'éducateur spécialisé. Pour suivre la femme qu'il aime, il change de région et se fait embaucher comme intérimaire “non pas pour écrire mais pour les sous” dans une conserverie de poissons puis dans un abattoir. le travail est souvent éreintant, usant mais parfois “Le boulot n'est pas si dur, répétitif. Certes on dirait les Schadocks Mais c'est l'usure. Et ça fait les muscles“. Pour lui “le bonheur c'est simple comme un coup de fil” lorsque son agence d'intérim lui confie une mission pour une semaine ou plus. Quelque soit le poste ou l'heure, il répond présent car “Je me dis que je vais vivre une expérience parallèle qu'est l'usine“, d'ailleurs il constate que “L'usine m'a eu. Je n'en parle plus qu'en disant mon usine“. Débauchage après débauchage en rentrant à la maison quelque soit son état de fatigue il s'occupe de son jeune chiot Pok Pok ce qui lui permet d'avoir un “dialogue monologué” assez intense. “Me considèrerais tu comme un agent de la banalité du mal ? Un salaud ordinaire, celui qui accomplit sa tâche de maillon de la chaine dégueulasse et s'en dédouane pour pleins de bonnes raisons ?” Toutes ses heures à charrier des vaches, des bulots lui permettent de s'évader, de chanter et parfois même de s'émerveiller. “Aujourd'hui j'ai dépoté 350 kg de chimères. J'ignorais jusqu'à ce matin qu'un poisson d'un tel nom existait” car parfois “L'abattoir vend du rêve“. Durant les presque deux ans d'intérim effectuant une routine où les seuls changements de poste et quelque d'inhabituel “Notre Joseph” ne nous donne pas que sa force de travail mais également sa force vitale, psychique, celle de son âme, de ses pensées pour éviter que “son usine” ne l'engloutisse à jamais entre deux mamelles à terre. Comme le dit si bien “notre héros” “La ponctuation est comme une respiration. A l'usine il n'y a pas de respiration“. Pour trouver son oxygène qui lui permettra de respirer à chaque débauchage, malgré la fatigue, le manque de sommeil il écrit, éructant les mots les uns après les autres, se délestant de sa réalité du travail à la chaine. Tel Sisyphe enchaîné à son rocher, cageots après les cageots, rails après rails “tout le monde ne fait au fond que de trimballer ses carcasses” et c'est ce qu'il fait car “Pourquoi parler, Pourquoi se taire, Pourquoi écrire, Pourquoi“. Car “Qui pourrait se douter de la torture des mots ? de l'immense joie aussi“. Ce sont les mots qui le sauvent de ses maux, qui le font vivre, espérer une nouvelle opportunité dans son domaine. Un retour dans la vie réelle puisque l'on est enchainé à sa chaine. “Tu ne sais si tu rejoins le vrai monde ou si tu le quittes. Même si nous savons qu'il n'y a pas de vrai monde“, à des horaires dits normaux afin de pouvoir mettre cette tranche de sa vie sur la table et après l'avoir digérée se dire que demain ou après demain en songeant à toutes ces heures passées que “Ce n'est pas encore le point final […] A la ligne” de sa vie.

    par 5582 Le 05 octobre 2020 à 10:39